Le meilleur plan de relance, c’est un plan de réformes !

Par Eric WOERTH, Président de la commission des Finances

 

Un plan de relance nécessaire pour sortir de la crise

Comme tous les pays européens, la France s’est aussi dotée d’un plan de relance pour sauver son économie.

Certaines mesures comme la baisse de 20 Md€ des impôts de production en deux ans est une bonne nouvelle pour la compétitivité de nos entreprises, nous la demandions depuis le début du quinquennat pour rattraper l’écart avec l’Allemagne. De même, l’accélération de la transition écologique apparaît indispensable aujourd’hui.

Le Gouvernement a également eu raison de faire le choix du soutien de la compétitivité plutôt que de la consommation.

Mais si la crise nous frappe si durement, c’est aussi parce que la France l’a abordée en situation de faiblesse relative

N’oublions pas qu’au moment où la pandémie nous a frappés, le poids de nos dépenses publiques en proportion du PIB était le plus élevé des pays européens. Nous n’avons pas su faire les efforts nécessaires lorsqu’il était encore temps.

En 2019, le déficit public était de 3 % de PIB (y compris transformation du CICE et dette SNCF), la dette publique culminait à 98,1 % du PIB alors qu’à la même époque, le déficit public de la zone euro n’était que de 0,6 % et la dette publique de 84,1%. Le chômage lui, atteignait les 8,1% en France en 2019.

A l’issue de l’actuelle crise sanitaire, le déficit public allemand est de 3,2 % du PIB, soit au même niveau que la France en période de croissance en 2019 !

Le meilleur plan de relance, c’est un plan de réformes !

Le gouvernement s’enorgueillit de dépenser 100 Md€ pour relancer l’économie, soit un niveau supérieur à l’Allemagne rapporté au PIB. Mais la France était déjà la championne de la dépense publique avant la crise ! C’est une habitude chez nous. Et visiblement, si dépenser était une mauvaise chose avant, c’est devenu vertueux à présent…

Avec ce plan, on n’a jamais dépensé autant pour réformer si peu. Il s’agit d’un plan de dépenses, pas d’un plan de réformes.

Où sont les mesures réformant structurellement notre système de retraite ? de santé ? le poids de la masse salariale publique ?

Le plan des mesures anciennes et des vieux réflexes

Sur les 100 Md€ annoncés, de nombreuses mesures sont en réalité recyclées ou déjà votées :

Le Plan d’investissements d’avenir 4 (11 Md€) a déjà été lancé

Les plans pour l’aéronautique et pour l’automobile (2,6 Md€) ont déjà été votés lors du PLFR 3

Les mesures de soutien aux collectivités territoriales (4,2 Md€) ont également déjà été votées lors du PLFR 3.

D’autres mesures sont du recyclage de mesures anciennes, abandonnées par le gouvernement, puis réhabilitées, comme le CITE pour tous les revenus et pour les propriétaires bailleurs. Mesure largement demandes par le groupe LR à l’automne dernier.

Ce plan est aussi celui des vieux réflexes comme la centralisation avec un pilotage presque exclusif par l’Etat. C’est lui qui choisit les secteurs d’avenir où l’on doit investir, laissant peu de place aux collectivités territoriales. De même la création d’un haut-commissariat au plan illustre bien cette hyper centralisation alors même que la crise des Gilets jaunes appelait à plus de décentralisation. La méthode du Gouvernement est pleine de contradictions et surtout, met à mal encore une fois l’indépendance financière des collectivités territoriales.

Enfin, au lieu de s’appuyer sur les Régions en leur donnant un véritable rôle, le Gouvernement a préféré nommer des sous-préfets à la relance pour que l’État gère les moindres détails…

Financement du plan de relance : une bombe à retardement ?

En parallèle du plan de relance, le Gouvernement aurait dû déposer un plan de financement.

Selon le gouvernement, le plan de relance doit s’autofinancer, grâce au retour de la croissance. C’est un pari bien ambitieux sur l’avenir, d’autant plus que le risque de seconde vague du virus ou de nouvelle crise n’est en rien écarté.

Le gouvernement dépense aussi de manière pérenne : valorisation des salaires des personnels hospitaliers, recrutements prévus dans la justice, la police et l’Éducation nationale… Toutes ces dépenses ne sont pas ponctuelles et vont impacter durablement nos comptes.

Sur 100 Md€ de plan, les subventions apportées par l’Union européenne devraient permettre de couvrir 40 milliards d’euros. Or l’accord sur un plan de relance européen a été voté sans création de ressources propres servant à le financer. A défaut de ressources nouvelles, chaque Etat devra contribuer en proportion de son Revenu National Brut (RNB). Ce qui fait craindre une contribution de la France bien supérieure aux 40 milliards qui lui sont aujourd’hui accordés.

Au final, ce plan de relance, en l’absence de solutions de financement durable, risque d’être une véritable bombe à retardement, en particulier pour les générations futures.