12/09/20 – Il y a 103 ans, l’As des As disparaissait

Article paru dans Le Figaro du 26 septembre 1917 :

“Guynemer

Un grand deuil frappe l’aviation française, toute l’armée, toute notre jeunesse, toute la France. Le 11 septembre dernier, le bulletin quotidien de la fameuse escadrille des Cigognes portait cette note: «Capitaine Guynemer, disparu ( n’est pas rentré de patrouille)».

L’ennemi n’ayant pas fait connaître cette victoire sur son vainqueur, on multiplia les recherches. Des prisonniers interrogés racontèrent que deux appareils étaient tombés en flammes et qu’on n’avait pas pu identifier le corps carbonisé des aviateurs. Guynemer était-il l’un des deux… On chercha. Maintenant que quinze jours se sont écoulés, on ne peut plus ne pas déplorer la mort en combat aérien du héros de l’aviation française.

Pourtant, la note officielle ne l’annonce pas formellement encore. Et voici la formule employée pour faire part de la triste nouvelle:

«Dans la matinée du 11 septembre 1947, le capitaine Guynemer, parti en reconnaissance dans la région des Flandres, s’est trouvé, au cours des péripéties d’une poursuite d’avion ennemi, séparé de son camarade de patrouille et n’a pas reparu depuis. Tous nos moyens d’investigation mis en jeu n’ont donné jusqu’à ce jour aucun renseignement complémentaire».

La vie de Georges Guynemer n’aura été qu’une épopée. À vingt ans, il s’engage dans l’aviation, en novembre 1914; au printemps suivant, il est breveté pilote et il rejoint le front. Il s’impose immédiatement par sa décision, sa hardiesse, sa bravoure, et particulièrement par sa ténacité.
-C’est un boule-dogue, disait le capitaine Brocard, aujourd’hui le commandant Brocard, qui l’avait distingué dès son arrivée à l’escadrille. En moins d’un an, il est médaillé militaire, décoré de la Légion d’honneur, promu sous-lieutenant, puis lieutenant. Il est l’aviateur qui compte le plus de victoires, il est l’as des as. Et son ardeur reste la même. À chaque offensive, il accourt; en chemin, il descend des ennemis; sur le terrain de l’attaque, il se multiplie, et sa présence seule suffit, dès qu’elle est révélée dans l’air par des combats plus prompts que l’éclair, à intimider, à paralyser l’aviation ennemie.

Monument Georges Guynemer à Compiègne. Il a été inauguré en 1923 en présence du commandant Brocart chef de l’escadrille du célèbre aviateur. Rue des Archives/Mary Evans/Rue des Archives

On le guette; on lui tend des pièges comme à Pégoud, à Dorme et à tant d’autres. Il fonce dans le ciel et, ce jour- là, il abat trois avions. Il ne cesse de combattre que pour améliorer son appareil; il fait adopter ses idées ingénieuses dans l’armement de notre aviation de chasse. Et il expérimente lui-même chaque perfectionnement, et les trophées succèdent aux trophées; vingt, trente, quarante appareils ennemis. Il est nommé capitaine à vingt-trois ans et promu dans la Légion d’honneur au grade d’officier, avec ce motif: «Officier d’élite, pilote de combat aussi habile qu’audacieux. A rendu au pays d’éclatants services tant par le nombre de ses victoires que par l’exemple quotidien de son ardeur toujours égale et de sa maîtrise toujours plus grande. Insouciant du danger, est devenu pour l’ennemi, par la sûreté de ses méthodes et la précision de ses manœuvres, l’adversaire redoutable entre tous. A accompli, le 25 mai 1917, un de ses plus brillants exploits en abattant en une seule minute deux avions ennemis et en remportant, dans la même journée, deux nouvelles victoires. Par tous ses exploits, continue à exalter le courage et l’enthousiasme de ceux qui, des tranchées, sont les témoins de ses triomphes. Quarante-cinq avions abattus, vingt citations, deux blessures».

Une flamme, moins ardente que celle de sa passion de servir le pays, a détruit les ailes de l’oiseau.

Et il continue. Et toutes les récompenses étant épuisées, le président de la République et le généralissime expriment l’admiration et la reconnaissance du pays en invitant à déjeuner ce grand jeune homme pâle, silencieux, réfléchi, qui portait avec une mélancolie discrète et sa gloire éclatante et le deuil de tant de chers camarades, et peut-être la pensée, héroïquement maîtrisée, que la mort pourrait quelque jour être plus forte que sa bravoure.

Vainqueur de cinquante-trois ennemis, dont, les appareils furent comptés officiellement, il disparaît aujourd’hui. Le soleil avait déjà vaincu Icare; une flamme, moins ardente que celle de sa passion de servir le pays, a détruit les ailes de l’oiseau, la mince enveloppe charnelle du héros, les vingt palmes, la médaille militaire et la Légion d’honneur qui battaient sur sa frêle poitrine au rythme de son cœur. Mais l’exemple de cet holocauste est le plus beau peut-être que la guerre nous ait apporté. Il passionnera la France ; il soulèvera des vengeurs, il laissera dans notre histoire une figure aussi douce que belle”

Tous les ans, Geneviève Levy s’est recueillie le 12 septembre devant la stèle érigée place Douaumont à Toulon.