10/02/21 : “pourquoi je suis contre le rallongement du délai d’IVG”

Lors de la commission des affaires sociales du 10 février 2021, Geneviève Levy s’est expliquée sur son refus de voir rallonger de 2 semaines le délai pour recourir à une IVG.

Texte et vidéo :

“Mes chers collègues,

Promouvoir l’allongement du délai d’IVG de 2 semaines pour le porter à 14 semaines de grossesse j’y vois pour ma part une solution inappropriée.

Donne-t-on aux femmes les moyens de choisir librement leur grossesse lorsqu’il est établi que la probabilité d’avoir recours à une IVG décroît avec l’augmentation du niveau de vie ? Les aide-t-on lorsque année après année le  nombre d’établissements de santé pratiquant l’IVG se réduit, créant ainsi de véritables déserts médicaux pour les femmes dans nos campagnes ? Aide-t-on nos filles et fils lorsque 25% des établissements scolaires ne dispensent pas de cours d’éducation à la sexualité et que la majorité des établissements ne respectent les 3 séances annuelles prévues par la loi ?

Donc je vous interroge : ces 2 semaines supplémentaires sont-elles la solution pour éviter à 1500 femmes de partir chaque année à l’étranger pour avorter alors que pour 70% d’entre elles la cause est l’absence de diagnostic de grossesse comme l’absence de signes cliniques ou une tendance à un cycle de menstruation irrégulier ? L’avis du Comité consultatif national d’éthique compilant les données du Royaume Uni, des Pays bas et de l’Espagne accueillant ces Françaises établit que la prise en charge médiane de ces femmes est à 19 semaines de grossesse. Mes chers collègues, on est largement au-delà des 14 semaines envisagées.

Enfin nous ne pouvons nier la dimension éthique de cet allongement. Si l’avortement n’est pas un acte médical anodin, sa pratique est sensible. Sur le projet d’allongement de 2 semaines, 37% seulement des professionnels interrogés par le collège national des gynécologues et obstétriciens déclarent qu’ils réaliseront des IVG à ce stade. On ne peut nier que ce constat interroge considérablement.

En conclusion et ma conviction ne s’est que renforcée entre les 2 lectures à la lumière des avis du CCNE et de l’Académie de Médecine, cette proposition de loi n’offre pas de solutions, ni de garanties d’amélioration. J’y vois une réponse inappropriée au  constat d’un manque d’informations et d’éducation et d’un besoin de moyens qui ne doivent plus être ignorés.

Sans ces efforts, nos successeurs seront assis dans quelques années dans cette même salle pour examiner un texte qui allongera à nouveau le délai d’IVG et ce ne sera toujours pas une avancée pour les femmes !”